Bon, en fait, j'ai pousse le plaisir sur Cham Island jusqu'au bout et faudra que je revienne au Viet Nam pour visiter la partie sud, le delta du Mekong, Phuoc Island et Dalat et environs, mais la j'etais donc limite pour arriver a Phnom Phen dans les temps. Mon visa expirait le 2 Aout et je prend un bus le 30 Juillet et la route a faire etait encore longue, tres longue. Si tout va bien, ca passae ! Et tout c'est bien passe, puisque je suis arrive a Phnom Penh le 1er Aout en soiree et me suis pointe a la sunday guesthouse dans laquelle Bruno et Delphine venaient d'arriver mais ne m'attendaient que pour le lendemain, donc, j'ai fait mon Marcel Beliveau en les surprenant dans la salle d'entree de la guesthouse et c'est parti en surprise surprise !
Voici donc deja 16 jours que je suis au Cambodge, dans ce pays des Khmers, encore bien marque par les horreurs de la guerre, de la revolution des Khmers rouges, de l'invasion par les Vietnamiens. Mais ce pays, tout comme le Viet Nam, n'est pas une guerre, mais un peuple qui s'ouvre plus ou moins a l'exterieur. Pour le moment, c'est plutot l'exterieur qui vient faire son shopping dans le pays plutot que les cambodgiens qui voyagent en dehors. Le Cambodge, ceux sont qqes 14 millions d'habitants repartis en qqes ethnies dans un pays parmi les plus corrompus au monde... le developpement s'en trouve donc fortement ralenti, notamment au niveau des infrastructures routieres... et de transport en general. J'estime que j'ai de la chance de passer un peu de temps au Cambodge encore maintenant, meme sur qqes endroits touristiques, bien qu'ayant largement perdus de leur splendeur d'antan, ou le comportement des locaux est franchement convivial, chalheureux, souriant et honnete. Bon, je suis pas encore parti du cote de Siem Reap et ses temples d'Angkor ou je sais que nous allons, Bruno, Delphine et moi, reprendre, contraints et forces, nos costards de touristes pigeons. Enfin bon, on verra bien comme dirait l'autre.
Et puisque je n’ai pas pour habitude de plagier (bon d’accord, je pique les photos de Bruno et Delphine pour ce message mais bon les occasions de prendre des photos etant rares, un numerique suffisait), je vais vous retranscrire un article tire du Petit Fute, ecrit par Soth Polin pour “La Revue Universelle” en 1982 et s’intitulant :
“Le malheur d’etre Cambodgien”
“Le Cambodge vit emmure dans son histoire : il redoute son avenir ou il ne voit que la disparition de son pays et de sa race, tout comme le Champa absorbe par les Vietnamiens. Mais comment les peripeties de cette histoire, a la fois glorieuse et malheureuse ne le poursuivraient elles pas comme un remords ? Lorsque Mouhot vit apparaitre au dessus de la foret les tours d’Angkor Vat, il lui sembla que se dessinaient “les contours gigantesques du tombeau d’une race morte”.
Ce qu’il importe de savoir, c’est qu’a l’arrivee des francais en 1865, le Cambodge est un pays mutile, presque reduit en cendres, et sur le point de disparaitre. Le roi, heritier d’une civilisation raffinee, n’est plus qu’un chef de tribu. Mais l’installation du protectorat de la France sur le Cambodge va lui donner un sursis, sinon un repit. Pendant cent ans, il y a meme un semblant de reprise et de redressement national. Les rivalitesdes princes subsistent toujours, et des troubles apparaisent periodiquement, mais ils sont vite reprimes sous la poigne de la France republicaine. Le roi Norodom fait meme figure de restaurateur de la grandeur du passe, dans les manuels du temps de Sihanouk.
Pourtant la France n’aura pas fait grand chose pour le Cambodge. Elle a consacre l’essentiel de ses efforts coloniaux au Viet Nam, pays plus peuple et plus prospere. Ce faisant, elle a renforce ses Vietnamiens deja forts, et perpetue la faiblesse des Cambodgiens, ces eternels perdants.
A part l’oeuvre, jugee considerable et desinteressee, des chercheurs et des ecrivains, specialement sur Angkor, la France a fonde quelques chefs-lieux, construit ecoles, qqes routes, une voie ferree, une station balneaire, jete qqes ponts. Elle a contribue a former qqes fonctionnaires subalternes, les interpretes, souvent Vietnamiens – indispensables a l’administration coloniale pour les contacts avec les autochtones. C’est tout, pratiquement. C’est-a-dire trop peu pour que le Cambodge puisse vivre par lui meme au depart des Francais. Elle n’en a pas moins empeche pendant trois quarts de siecle le Vietnam et la Thailande d’absorber completement cette terre condamnee. Elle lui a conserve en qqe sorte une ame, et c’est cela l’essentiel. Les Vietnamiens et les Thailandais ne pardonneront jamais reelement cette intrusion des hommes blancs qui a empeche cette absorption historique.
Pour eux, la France n’a fait que creer un probleme : aider un pays a ne pas mourrir en ne lui donnant pas la possibilite de vivre par lui meme. En ce sens, elle a trouble l’ordre naturel des Etats de cette region qui naissent et meurent par accident, au gre des fortunes, et ou les grands rayent indifferemment les petits de la carte du monde. Si la Frqance n’en avait rien fait, le Cambodge serait comme le Champa, un fantome de pays, et le Vietnam et la Thailande ne seraient pas frustres d’une terre. Ils seraient deux grands Etats, probablement separes par le Mekong. Il n’y aurait plus de problemes de guerres, puisqu’il n’y aurait pas d’etats faibles, dans cette region, qui excitent en raison meme de leur faiblesse, la convoitise et la confrontation.
Voila, c’est en fonction de ce passe qu’il faut comprendre la tragedie Cambodgienne actuelle. Comment une histoire aussi chargee ne peut elle pas ne pas peser sur ce peuple et le conditionner ? Mille ans de persecutions constituent une tare et une plaie, et au sortir du protectorat francais, le cambodge est apparu bien vivant mais convalescent et infirme.
Ce peuple, indolent parce que anemie, subit toujours l’histoire, et les demons du passe resurgissent vite apres l’independence, et les principaux acteurs de la nouvelle tragedie. Sihanouk, Lon Nol et Pol Pot sont des parfaits representants du moyen age : un petit roi megalomane, un mandarin reveur et un revolutionnaire jusqu’au boutiste se prenant tous pour les descendants de la race des seigneurs.”
Je rappelle que cet article a ete ecrit en 1982, sachant que les Khmers rouges etaient encore bien actifs longtemps apres et que le Viet Nam a quitte le Cambodge en 1989 sur mode de terre brulee… 1989, putain, c’etait hier…